La Célestine et sa chèvre

8 février 2018

Actualités

chevre – Texte : Frédéric Dussaud, écrivain et conteur, 2017.

La Celestine et sa chèvre.
Elle n’est pas très grande.
Elle n’est pas très vieille non plus.
C’est un bout de femme, un foulard sur la tête, le vieux panier en châtaignier.
Abîmés, les traits de son visage laissent découvrir une petite – presque – mamé cévenole.
Sa maison – Pardon ses maisons – parce qu’ici, à elle seule, c’est dire !
Elle possède la moitié d’un hameau.
Enfin seule… ? Avec sa chèvre !
Enfin bon !
Enfin bon !
C’est comme ça qu’elle faisait !
Enfin bon ! On verra bien !

Tout cet héritage avait fait son malheur.
C’est dire son inquiétude pour une femme si menue à soutenir autant de toits !
[...]
Un matin, je décide de lui rendre visite.
[...]
J’entre dans la cuisine.
C’était une vieille pièce où le temps semble s’être arrêté.
Pas d’horloge, pas de télévision, une cheminée, toujours en pierre, dans le fond et une table dotée de trois chaises. Le lavabo, lui, était dans la cheminée !
Ici, finalement il n’y a que du vieux.
[...]
« Boudi ! Le toit prend l’eau, soupire-t-elle. Tout va s’écrouler un de ces jours. Putain de baraque ! Y’a plus rien qui tient ici ! Putain de baraque ! »
Ça lui faisait lourd sur les épaules.
Cette maison était aussi grande qu’un château.
Seulement, elle ne se servait que de deux pièces.
Parce que le reste était occupé par la solitude.
La chèvre, quant à elle, vivait à la porte d’en face.
[...]
Chez La Celestine, les gens passent après sa chèvre !
Sa chèvre ! Oui, elle n’en a qu’une ! Sa fidèle compagne.
Elle avait toujours envie de vous la montrer.
Sa chèvre ! Elle était immense !
Monstrueusement immense !
Elle vous arrivait aisément à la poitrine ! C’est vous dire !
C’est une de ces chèvres qui pourrait être un cheval.
C’est la plus grande chèvre jamais vu par moi !
Un matin, elle s’était installée sous le cerisier.
Elle était adossée à l’arbre.
La chèvre broutait à ses côtés.
La Celestine était en train de faire la lecture d’un magazine religieux à sa fidèle compagne.
Faut lui faire la lecture presque deux heures quotidiennement.
Remarque !
Il faut bien aussi s’occuper et l’occuper !
A faire !
Une chèvre faut la sortir et plusieurs fois par jour.
Faut bien qu’elle promène la vieille !
Faut bien qu’elle mange du foin.
Faut aussi la traire.
La Celestine se demande certains jours laquelle finira la plus chèvre des deux !
Cette chèvre était têtue comme un âne.
Elle n’écoutait absolument rien.
Après la chèvre, c’est le jardin qui l’importe ! La Celestine !
Un jardin ?
Le jardin ! C’est vous dire…
C’est un espace débroussaillé, au milieu d’une grande prairie pas débroussaillée !
Un carré de tomates sans tomates, un petit rectangle de radis sans radis…
Ici, c’est La Celestine qui plante mais c’est la nature qui fait pousser.
[...]
La Celestine, seule depuis le décès de ses parents, avait un cousin.
[...]
Il avait un projet agricole… »
Mais le pire là-dedans !
C’est ce cousin, qui, surtout si tu as besoin de lui !
« – Moi je ne suis pas là !
- Je ne peux pas. Désolé. »
Quand j’y repense !
C’est vous dire ce que j’ai envie de vous raconter, de dénoncer, de hurler…
Parce que finalement ! La vieille, à peine la cinquantaine, avait une vie bien saine, près de ses terres, de ses habitudes.
Sa vie tout simplement.
Mais le cousin lui, convoite bien autre chose comme avenir à la chèvre.
De là à lui dire qu’elle serait bien mieux dans un appartenant en ville ou dans une maison de retraite ?
Elle qui a toujours vécu ici dans ses montagnes.
Elle qui garde sa chèvre sur les sentiers.
Elle qui fait son petit jardin.
Et je me dis :
« Tu sais quand même pour en arriver là ! Faut bien lui faire péter les plombs à la vieille. »
Cette histoire a complètement détruit La Celestine.
Elle a perdu le moral !
Elle a perdu la tête !
C’est sûr maintenant.
Elle est folle la vieille !
Parce qu’aujourd’hui quand je lui rends visite… Ses seuls mots sont ceux-là !
« Enfin bon !
Enfin bon ! On verra bien ! »
[...]
Ceux qui la connaissent savent qu’elle est lente à la colère et au découragement.
Mais il lui arrive, comme à tout le monde, de ressentir ces émotions qu’on préférerait ne jamais connaître.
Le découragement en particulier.
La colère passe, elle est une courte folie.
Mais le découragement, c’est comme une dépression.
On n’en sort ni rapidement ni indemne.
[...]
Frédéric Dussaud écrivain
- Extrait inédit -

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